Éducatrice technique spécialisée, dix ans de terrain en institution médico-sociale, où j'exerce toujours, aujourd'hui sur un poste de préventrice des risques professionnels. Une partie de mon métier consiste à écouter des travailleurs sociaux parler de leur travail.
Laure
Les risques psychosociaux ne sont pas une spécialité que j'aurais choisie sur un catalogue. C'est une réalité qui s'est imposée à moi, malgré moi. Par mon poste d'abord, qui m'a mise aux premières loges de ce que nos conditions d'exercice font aux professionnels : l'usure, la charge, les procédures qui s'empilent.
Et par mon propre parcours ensuite. Cet épuisement-là, je l'ai traversé aussi, dans plusieurs de mes expériences. Je ne vous en parle pas de loin.
Elle vient de profils très différents. Une éducatrice spécialisée usée par l'internat. Un assistant de service social qui ne supporte plus de gérer des files d'attente au lieu d'accompagner. Une éducatrice de jeunes enfants qui voit exactement ce qu'elle voudrait proposer aux familles.
« Je veux changer… mais pour faire quoi ? Je ne me vois rien faire d'autre. »
« Je pense à me mettre à mon compte. »
Et après la phrase, toujours, vient le mais :« Mais je ne sais pas par où commencer. »
« Mais je ne suis même pas sûre d'en avoir le droit. »
« Mais je serais incapable de fixer un prix. »
Si le mais gagne si souvent, c'est que personne ne nous a appris à nous installer. Ni à l'IRTS, ni en formation continue. Nulle part. On nous a formés à accompagner. On ne nous a jamais formés à créer et à faire vivre notre propre cadre d'exercice.
C'est pour répondre à ces questions, aux miennes d'abord, puis à celles des collègues, que j'ai créé L'Atelier du Social.
Un atelier, c'est un endroit où l'on fabrique des choses qui servent, où l'on répare ce qui casse, et où l'on reprend l'ouvrage quand la matière change. J'y fabrique des outils concrets pour s'installer et exercer en libéral le plus sereinement possible. Rien de magique : de l'artisanat, de la rigueur, du pragmatisme.
Réduire le temps de l'ombre (les écrits, les mails, les trajets, la comptabilité) pour le rendre à la relation. Libérer du temps machine pour redonner du temps humain.
✕Des injonctions à « oser », et des promesses de liberté sur fond de coucher de soleil.
✕Des promesses de revenus. Je ne sais pas ce que vous gagnerez, et personne ne le sait.
✕Du techno-solutionnisme. Aucun outil ne réglera un problème de posture ou de cadre.
✕Du jargon. S'il faut un glossaire pour comprendre une fiche, la fiche est ratée.
✕Des documents génériques, copiés-collés, qui ne tiennent pas trois questions.
✕Une formation qui étire deux heures de contenu sur deux jours pour justifier deux mille euros.
Vingt-six points à vérifier, et vous saurez précisément où vous en êtes. C'est gratuit, et ça transforme un flou en liste de choses à faire.
Dix ans de terrain en institution médico-sociale, où j’exerce toujours, aujourd’hui sur un poste de préventrice des risques professionnels. Je fabrique ici les outils que j’aurais voulu trouver.
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